Historique de l'association
La naissance de la société des Amis de l’Instruction et de l’Agriculture de Sagy et St-Martin-du-Mont en 1893
L’origine :
« Depuis longtemps déjà, un groupe de jeunes gens de la commune de Sagy désiraient fonder une société des Amis de l’Instruction et de l’Agriculture. Au commencement de février dernier, ils ont décidé de mettre leur projet à exécution.
A cet effet, ils ont projeté une réunion chez M. Louis Jacob, débitant, et ont convoqué pour le 3 février environ cinquante lecteurs assidus. Presque tous ont répondu à l’appel. Cette réunion a été faite dans le but de recueillir l’avis de chacun des assistants et d’inscrire les adhérents provisoires. Après quelques discussions relatives au but de la société… », on compte 38 adhérents provisoires et une réunion est prévue dans des locaux mis à disposition par la mairie, le 19 février 1893.
La fondation :
Ce 19 février 1893 constitue réellement la date de fondation de la Société : « M. Alix, instituteur à Saint-Martin-du-Mont, expose en quelques mots les renseignements qu’il a pris afin de connaître les formalités à remplir pour fonder l’Association des Amis de l’Instruction et de l’Agriculture. M. Mauchamp, secrétaire de la Société des Amis de l’Instruction de Chalon, M. Tissot secrétaire de la mairie de Louhans, et M. Billy instituteur à Louhans se sont empressés de lui fournir les renseignements nécessaires… ». C’est ce jour-là que seront votés à l’unanimité les statuts de la société, et qu’on élira les membres du bureau.
On découvre ainsi l’origine du nom de notre Société. Il existait en effet une société des Amis de l’Instruction à Chalon-sur-Saône qui fonctionna de 1878 à 1960 et dont l‘objectif était la propagation de l’instruction laïque et populaire, essentiellement par le biais de conférences, qui eurent lieu jusque dans les années 1950. Il y en a eu une aussi à Genève, Montélimar, Lyon… mais surtout à Paris qui en comptait plusieurs : dans le 6ème, le 13ème et certainement dans d’autres arrondissement. Celle que l’on connait et qui existe toujours, c’est celle du Marais, dans le 3ème arrondissement, décrite par Marcel Baroë. Située au 54 Rue de Turenne, elle a été fondée en 1861 par des artisans avec, comme objectif principal, la création d’une bibliothèque. Malgré la censure qui régnait alors, et les tracasseries des autorités, elle aurait constitué un modèle de bibliothèque associative qui se serait largement développé dans les villes.
Le secrétaire des Amis de l’Instruction de Chalon est M. Mauchamp, conseiller général (départemental aujourd’hui) qui fera partie des membres honoraires de la Société de Sagy. Des habitants de notre commune connaissaient donc ce mouvement de culture populaire dans lequel ils ont tenu à s’inscrire.
L’objectif de l’association :
Dans les statuts de 1893, le but des Amis est ainsi défini : « La société a pour objet de développer l’instruction des sociétaires et d’exciter le travail et l’émulation des élèves des écoles communales par des encouragements.
Elle pense arriver à ce but en établissant une bibliothèque composée principalement d’œuvres des auteurs bressans, d’ouvrages et de publications littéraires, agricoles, scientifiques, droit usuel et pratique ».
Si l’école publique existait à Sagy depuis 1833, l’instruction scolaire n’est obligatoire que depuis 1882, soit 11 ans avant la création de la Société des Amis. Le goût, le besoin d’acquérir des connaissances est alors très fort parmi toute une partie de la population. « Elle [la Société des Amis] fournira aux enfants sortant de l’école primaire le moyen de poursuivre leurs études en contractant l’habitude de la lecture, la fuite des cabarets et des mauvaises compagnies. Il est regrettable de constater que bon nombre de jeunes gens de vingt ans sont plus ignorants qu’au sortir de l’école où ils ont toujours puisé de bons principes. »
L’organisation de la Société des Amis :
Le Comité directeur est formé de 12 membres nommés en assemblée générale. Il est constitué d’habitants de Sagy, dont le maire Pierre-Marie Ponsot, trois instituteurs, un négociant, deux conseillers municipaux, l’huilier de Chantemerle, et quatre agriculteurs. Parmi eux, Pierre-Marie Alix, instituteur à Saint-Martin-du-Mont et François Boivin agriculteur, qui écrivirent en 1901 « la Notice sur la commune de Sagy : topographie, agriculture, population … » et qui sont certainement tous deux à l’origine de la création de la Société.
Le bureau est présidé par le maire, les secrétaires sont deux instituteurs (P.M. Alix et Benoit Litaudon), le trésorier est un conseiller municipal J.M. Moureau. Il y a aussi les deux bibliothécaires : François Boivin et M. Perrin, instituteur.
Les membres de la société : d’après les statuts, il y a alors 3 types de membres, organisation vraisemblablement inspirée de la Société de Chalon :
-les membres honoraires parmi lesquels on trouve Lucien Guillemaut, puis M. Mauchamp, conseiller général de Chalon, un inspecteur primaire à Louhans, un député (Petitjean de Saillenard), le secrétaire de mairie et le conseiller d’arrondissement de Louhans, le chef de division à la Préfecture, le notaire de Sagy (Pron), Charles Billy instituteur à Louhans et auparavant à Sagy.
On trouve encore de Louhans : un professeur de dessin (M. Cordier), un inspecteur du conservateur [des hypothèques ?], Romand l’imprimeur, le percepteur, deux agents d’assurance, un quincailler, un juriste, un commis greffier.
Enfin, on a un instituteur de Sagy, un géomètre (des Sutils). Et il n’y a que deux femmes : Mme Veuve Sarrazin, négociante à Louhans et Mme Litaudon, institutrice à Sagy.
Ces « membres honoraires » constituent le groupe des notables qui cautionne la Société. Et qui donne aussi son orientation politique, résolument républicaine, dans l’esprit de la 3ème République de ces années-là. Pour être membre honoraire, il faut avoir fait un don ou payer une somme de 5 ou 20 francs.
-Les membres correspondants : sont constitués par des personnes éloignées qui n’ont pas de cotisations à payer : cela témoigne du rayonnement de la Société, et surtout du besoin d’échanger.
-Les membres participants : il y en a 62 en 1901, dont 59 en provenance de tous les hameaux de Sagy, 2 de Saint-Martin et un géomètre de Blaine.
Les professions sont parfois précisées : charrons, boulanger, instituteurs, clerc de notaire, tailleurs, cantonniers, garde, aubergistes, receveur-buraliste, négociant en vin, boucher... On peut déduire que, lorsqu’il n’y a pas de métier signalé, il s’agit d’agriculteurs, et cela pour un peu plus de la moitié des membres.
Les adhérents
On relève 76 adhérents en 1904, et 100 en 1910. En 1907 on a 87 adhérents (dont une seule femme, veuve, habitant au Bourbouillon), 32 membres honoraires et 14 membres correspondants parmi lesquels on peut noter le frère du notaire Pron, médecin en Algérie, et deux femmes, institutrices.
Ce ne sont pas des chiffres de fréquentation très importants pour une population de plus de 2500 habitants alors. Le manque de temps, la difficulté de lecture aussi pour des personnes qui, si elles ont alors généralement appris à lire, ont eu peu d’accès à l’écrit. Mais ces adhérents constituent un noyau important, et sont souvent des membres actifs de la commune.
Enfin, on peut cependant constater que c’est toujours le chef de famille qui est adhérent, dont une ou deux veuves et des institutrices célibataires. L’adhérent représente en fait une famille. Un jeune mineur (moins de 21 ans) doit avoir l’autorisation du chef de famille.
La bibliothèque au cœur de l’association :
Son fonctionnement
La bibliothèque est ouverte le dimanche de 10h à 12h. Y va-t-on après la messe ou pendant la messe ? Il est vrai que cela ne concerne presque que les hommes, que l’on sait alors peu pratiquants à Sagy, en dehors des fêtes et cérémonies religieuses.
L’ouverture se fait en présence de l’un des 2 bibliothécaires en titre et de l’un des 12 bibliothécaire-adjoints qui doivent effectuer 5 permanences dans l’année. En 1895, sera défini un « règlement des bibliothécaires ».
La constitution des collections
Le démarrage est lent. Les adhésions semblent constituer les seules recettes, ce qui autorise peu d’achats. « Au début, nous n’avions que nos bonnes intentions mais un ami, M. Tissot, secrétaire de la Mairie de Louhans, a bien voulu à un prix très réduit [240F.50 payables en 3 fois] nous monter en livres, œuvres de nos bons écrivains, comme vous l’avez vu en lisant. Notre sympathique député M. Guillemaut nous a fait don de 16 volumes, MM. Pron père et fils de chacun un volume. MM. Billy, Richard de Louhans, Mauchamp de Chalon ont à cœur cette œuvre de progrès. Actuellement notre humble bibliothèque compte 120 volumes ».
Le plus gros don (111 livres), sollicité auprès du ministère de l’Instruction publique, arrive en 1899, ce qui va réellement permettre le développement de la bibliothèque.
La bibliothèque compte ainsi, en 1901, 408 volumes, presque tous reliés et en bon état. En 1908, elle propose 550 volumes, 630 en 1910 et plus de 700 en 1911.
Les prêts
Les prêts augmentent, proportionnellement au nombre d’adhérents, mais surtout à la quantité de livres disponibles et adaptés : 254 prêts d’ouvrages en 1901 ; 329 en 1910. Une centaine de revues sont prêtées annuellement mais elles peuvent être lues sur place. Les prêts sont surtout familiaux, le chef de famille seul est inscrit.
Une bibliothèque novatrice
La particularité de cette bibliothèque était de prêter ses ouvrages et revues, ce qui était plutôt rare. Ensuite on s’est intéressé, non à ce que devaient lire les gens comme dans les bibliothèques liées aux religions, ou aux bonnes œuvres, mais à ce qu’ils voulaient lire. C’est notre poète Jacques Roy – qui avait seulement 24 ans - qui s’est intéressé à cette question. C’est lui qui a comptabilisé et analysé les prêts, mais surtout il a demandé l’avis de ses concitoyens sur leurs lectures et leurs besoins.
Les autres activités de l’association
-une conférence annuelle sur des thèmes variés (juridiques, agricoles, historiques) pas toujours bien adaptées aux besoins du public.
-l’édition d’un bulletin
Trois numéros furent publiés, en1902-03, 1904-05 et enfin 1907-1911 proposant différentes rubriques : informations sur la Société, publication des décisions du Conseil municipal pendant l’année, poèmes ou textes de Jacques Buatois ou Jacques Roy… Le 1er numéro proposait des articles intéressants, qu’on ne retrouve plus ensuite.
-L’édition de « la Notice sur la commune de Sagy : le grand projet de la Société des Amis
Entreprise en 1897, la Notice de la commune de Sagy parait en 1901. Ce volume qui est consacré à la description topographique de Sagy et de tous ses hameaux, à l’état du sol, et de la propriété, à l’agriculture ainsi qu’au patois et aux noms de lieu constitue la première partie du projet. Le deuxième volet consacré à l’histoire ne verra pas le jour.
La Notice de Sagy est épuisée depuis longtemps. En 1982, les Amis de l’Instruction la firent rééditer par Laffite reprints, éditeur spécialisé à Marseille dans la réédition à l’identique de documents anciens. On a la chance à Sagy d’avoir cet « instantané » du Sagy 1900.
L’évolution :
Pierre-Marie Alix décède en 1912. Le bureau est réorganisé : François Boivin prend la présidence, Jacques Roy le poste de bibliothécaire. Le trésorier est M. Louis Couriot, instituteur, qui sera bientôt maire et Philibert Petit est un nouveau membre du Comité.
La Société continue de faire fonctionner la bibliothèque - au ralenti - pendant la guerre puis après, jusque dans les années 1950, où elle compte alors bien des jeunes lecteurs. Après le décès de François Boivin et surtout de Jacques Roy, faute d’un renouvellement suffisant des documents, mais aussi de projets porteurs, son activité diminuera doucement jusqu’à sa fermeture peu de temps avant l’ouverture de la bibliothèque municipale. Il avait été question en 1923 d’un bulletin portant sur les années 1912-1923. Mais il n’y aura pas d’autres éditions jusqu’à la parution du bulletin n°1 de 1974, sous la présidence de M. Baroe, mais cela est une autre histoire... Nous ne pouvons que regretter que le projet sur l’histoire de Sagy ait avorté.
Marie-Annick BERNARD
Plus d’informations dans le bulletin N°55 de 2023.

